La route du Nord était réduite à néant.
Pour aller jusque Dugway, il fallait contourner le lac Utah et
rejoindre l’UT73 W/W après American Fork pour prendre l’UT-199 W : le
meilleur moyen de rallier rapidement Dugway. Mais pour ça il fallait se
rapprocher encore de Salt Lake city et de sa zone irradiée à moins de 60
kilomètres ! Les radiations étaient peut être retombées depuis belle
lurette, mais Arty frissonnait de devoir se rapprocher d’un point chaud, il
ramena son écharpe sur son visage masquant son nez et sa bouche, après tout aucun
scientifiques ni aucunes analyses n’avait été faites sur un tel cataclysme
nucléaire. Il y avait peut être encore des particules fines, ça n’aurait pas
été le seul mensonge du gouvernement, il venait d’arrêter le véhicule et
obstruait la ventilation du Mack Rawhide, réveillant Kevin et Rudy « Putain mec ! Merde qu’est ce que tu
fous encore !! » Eructa Rudy surpris par un Arty lui passant au
dessus pour calfeutrer les fenêtres «
Je vous sauve encore la vie les mecs, j’suis
sûr qu’il y à encore des radiations, dans les montagnes ont été protégés mais
là ? ». Rudy grogna « comme
tu as sauvé la vie de Jenny et de son fils ordure ! », Kevin leva
la main pour calmer ce qu’il sentait déjà comme un risque d’explosion entre les
deux hommes « Vos gueules ont
réglera tout ça une fois à l’abri ! », le ton de sa voix suffît à
les faire taire tous les deux « Arty !
T’as vu le bordel devant » continua Kevin.
A travers le pare brise enneigée
du Truck, il n’y avait plus de route.
Kevin avait dormi quoi une heure à tout casser, depuis leur fuite de
Provo, une heure qui avait suffît à radicalement changer le paysage, ici tout n’était
que destruction, la route n’était plus qu’un amas de véhicules et de débris
divers recouverts d’une épaisse couche de neige, par endroits même des congères
de plusieurs mètres de hauts s’étaient formées sur les ruines des bâtiments
proches.
Congères mortellement dangereuses, car elles étaient creuses par
endroits, fragiles et traîtresses, Arty lui-même en avait fait les frais lors d’un
arrêt forcé à Provo, heureusement Kevin été là et l’avait rattrapé avant qu’il
ne fasse une chute de plusieurs mètres dans une carcasse de béton et d’acier
cachée par la neige.
« Ouais !! C’est comme ça depuis presque une demi heure, j’arrive
plus à avancer à force de faire des détours, j’sais même plus si je suis sur la
bonne route » répondit Kevin en reniflant dans son écharpe qui lui
masquait la moitié du visage. Kevin fît le tour des passagers, à l’arrière de
la cabine du Mack Jaime était toujours menottée et endormie couchée à côté du
pasteur Brown endormi lui aussi. Rudy remuait
sur le siège lui aussi, lui non plus ne dormirait plus après ce réveil forcé,
il préférait suivre la route pour assurer Arty dans sa conduite.
Le gros truck de 485 chevaux bouscule des épaves couvertes de neige et
avance sur la SR 145, Dieu bénisse les doubles voies des Etats Unis, elles sont
assez larges pour laisser passer 6 trucks de front, se dit Arty en manœuvrant
pour éviter un amas de carcasses et de débris.
Arty épuisé, se frottait les paupières gonflées de fatigue, se ressaisissant
d’un coup en réalisant que Rudy le vrillait du regard, Kevin murmura vers l’arrière
de l’habitacle « tout va bien on
continue » à l’attention de Jaime qui venait de se réveiller, Arty
frémît en croisant le regard noir de Jaime, elle n’attendait qu’une occasion
pour venger le sacrifice cruel de Jennie et de son fils Matthew, abandonnés
dans les sous sols après avoir été poignardée dans la cuisse par Arty pour
ralentir les goules.
Arty n’as pas cessé de revivre
cet instant, mais que pouvait-il faire d’autres, Jennie était épuisée et son
fils malade ne faisait que les ralentir alors que les goules, elles, elles gagnaient
du terrain, malgré la bravoure de Rudy, qui seul, les avaient retenu le plus
longtemps possible dans les conduits d’aération, ne se gardant qu’une cartouche
pour lui.
C’est la voix grondante de Rudy justement
qui le tire de ses sinistres souvenirs, Rudy qui avait tout fait pour sauver la
vie de cette femme et de son fils « eh
Connard ! Tu vas t’arrêter !! ». Arty réalise alors et
freine, le lourd Truck Mack Rawhide glisse encore sur quelques dizaines de
mètres avant d’être stoppé par l’énorme congère de neige et les débris qui
bloquent la route. Kevin qui avait fermé les yeux de nouveau se réveille.
« Merde !! » Souffle
Arty en réalisant l’ampleur du problème. Devant eux, ce qui semble être la toiture
d’un bâtiment voisin de la route est venu s’écraser sur la route – anéantissant
toutes chances de pouvoir traverser cet amas de métal, de poutrelles et de
débris divers et donc de continuer.
Le silence a envahit l’habitacle du truck, tous restent interdits
devant la seule solution qui s’offre à eux si ils veulent continuer à avancer,
personne n’ose prononcer les mots, de peur qu’ils deviennent une fatalité, les
secondes s’écoulent dans le silence. « Faut
réveiller les autres ! On ne peut pas aller plus loin ! On va devoir
marcher ! » Lâche alors Kevin «
On se planque jusqu’au lever du jour et on cherche un autre véhicule ou bien on
marche ! ». A l’arrière Jaime s’est redressée et tente d’aider le
pasteur à faire de même « Et que
comptez vous faire du pasteur ? Lui aussi vous allez le laisser sur place ?
Lui aussi vous allez le poignarder ? » dit- elle en dévisageant
Arty. Le pasteur Brown se dressant difficilement sur ses avant-bras murmure
alors « Je vais marcher, si il le
faut ».
D’un geste brusque Kevin donne un coup de pied dans la porte voilée du
truck, celle-ci s’ouvre d’un coup dans un grincement de métal tordu « Eh bien alors ne perdons plus de temps !!
J’ai foutrement pas envie de servir de repas aux saloperies qui rôdent !! ».
Arty se réveilla en nage. Sur le cadran électronique de sa vieille montre, les cristaux liquides n'avaient avancé que d'une heure. Trois fois déjà que son sommeil était interrompu. Chaque fois par le même cauchemar : Jennie le retenait en criant « pourquoi ? », il courait dans la boue nauséabonde du tunnel, cherchant à laver ses mains couvertes de sang, mais la boue le ralentissait et Jaimie le frappait derrière la boîte crânienne avec sa barre à mine, c'est à ce moment qu'il se réveillait, en sursaut.
RépondreSupprimerPourtant, cette même prudence lui avait jusque là sauvé la vie. Les malades, il fallait s'en débarrasser, s'en tenir au plan, rester avec les gens connus. Pourquoi était-ce si différent cette fois ? Il sentait encore dans sa paume la résistance de la chair contre la lame du couteau, le sang chaud qui avait coulé sur sa main et le cri de désespoir de la mère qu'il venait de condamner avec son fils.
Survivre à tout prix, participer à la grande compétition de la vie : il avait agi selon les principes du capitalisme libéral à l'Américaine qu'il abhorrait. En fait, il était comme tous les autres, ces moutons qu'il méprisait.
Il écarta lentement la couverture militaire qui le réchauffait et jeta un œil dans la cabine enténébrée du camion. Tout le monde dormait, sauf ce Rudy qui montait la garde devant la portière, la braise de sa cigarette brillant dans la nuit. Il glissa discrètement la main vers le Colt .45 posé sur le tableau de bord devant Kevin. Tout irait très vite : une simple pression et ce serait fini. Jaimie remua, le faisant sursauter, mais elle se retourna. Oui, tout irait très vite. Le métal froid lui mordit la main, l'arme était lourde. Il engagea le plus discrètement possible une balle dans la chambre et maintint fermement la crosse, jusqu'à s'en faire blanchir les phalanges. Ses mains tremblaient, il braqua le canon lentement pour ne pas réveiller Jaimie, au sommeil si léger. Le contact de l'acier chromé avec ses lèvres eut quelque chose de rafraîchissant, il entrouvrit la bouche et serra ses dents contre le pistolet. Mourir par un outil de l'industrie d'armement, il y avait là un joli pied de nez. Mais Arty n'y pensait pas, il respirait avec difficulté, il sentit les larmes couler sur ses joues. Oui, il avait agi en winner, il avait été productif, il avait été la dernière des merdes. Mais face à l'implacabilité mécanique de l'arme à feu, il se sentit trop faible pour presser la détente, cela le mit en rage contre lui-même et il commença à appuyer sur la gâchette avec son pouce. Rudy toussa dehors, ramenant Arty à la réalité, triste, presque banale malgré les circonstances extraordinaires. La réalité était fade, loin des poncifs du cinéma hollywoodien, cette machine de propagande : il était trop peureux pour se loger une balle dans la bouche et trop peureux pour s'encombrer d'amis pouvant le retarder, Arty était un faible, et non le héros de la résistance conspirationniste qu'il s'était longtemps imaginé. Il retira le Colt de sa bouche, essuya le fil de salive et les larmes, puis le posa délicatement sur le tableau de bord.
L'espace d'un instant, il eut l'impression que Kevin ne dormait pas et l'avait regardé faire sans intervenir. Arty ne pouvait décidément faire confiance à personne. C'est à ce prix qu'il avait survécu jusque là...
Jolie descente aux enfers d'Arty ! Tu repasses quand tu veux pour alimenter le blog de tes textes sur la survie d'Arty.
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