Rosario Desperas avait laissé
tomber Demilio et Tillman, ces deux connards pouvaient bien crever sur cette
foutue montagne, et puis en plus il n’avait jamais pût encadrer Tillman. « Putain, s’ils revenaient, ils seraient
traduits en cour martiale » se
disait Desperas, en gravissant les énormes marches de pierre qui menaient sur
le plateau rocheux et les ruines préhistoriques.
« C’est vrai le commandant Rollings les avaient baladés depuis
Saniquellie, il était clair que la mission n’avait jamais été l’ordinateur d’Abernathy,
ou alors ce n’était qu’un objectif secondaire… Non la véritable mission c’était
cette foutue montagne, c’est bien pour ça qu’ils avaient embarqués désignateurs
lasers. Mais Montoya et Spunkmeyer s’étaient engouffrés à la suite de Rollings dans
une des galeries des ruines, et les chances de survivre face aux saloperies qui
les avaient attaqués dans la jungle étaient plus élevées si ils restaient
groupés » Il jeta un dernier regard vers Demilio et Tillman qui
rebroussaient déjà chemin vers la falaise et cracha de rage en comprenant qu’ils ne le suivraient pas.
Desperas s’engagea dans l’ouverture où il avait vu s’enfoncer le
groupe, il tenait son MP5 bien serré contre lui, le poids et le contact du
métal dans ses mains le rassurait « Putain !
Où étaient-ils allés… Ces galeries s’enfonçaient profondément sous le plateau
rocheux ». Les escaliers grossiers
des galeries descendaient presque en à-pics de plusieurs mètres, il
fallait faire gaffe pour ne pas chuter. Il glissa jusque dans une immense
cavité humide et creusée d’une multitude de galeries.
C’est là que Desperas entendît la litanie.
Jusqu’à présent, sa course dans le noir, ses battements cœur et le
bruit de son barda avaient masqués les chants, mais là, dans cette immense
caverne le son s’amplifiait. Il l’entendait : c’était une sorte de chant,
dans lequel semblait revenir une série de mantra hurlés de manière violente quasi
hystérique, cela résonnait dans les galeries. Et à l’écoute, il était évident
que ces sons ne pouvaient pas sortir de la bouche d’êtres humains, on aurait
dît un chœur de beuglements et de feulements. Desperas s’arrêta son cœur battant
à tout rompre, non pas d’essoufflements de
sa course mais bien de peur, il ne regarda même pas les immenses fresques
pariétales préhistoriques qui couvraient les cavernes, il s’élança vers la
source du chant, il était évident que Rollings menait les autres là bas, tout
en bas, dans les tréfonds de la Terre.
Il ressentît alors les vibrations, les tremblements qui secouaient
toute la montagne. Un bruit sourd qui montait du plus profond de la Terre,
secouant toute la montagne, faisant trembler les galeries et causant des
éboulements de pierres, Desperas courait maintenant se protégeant la tête de ses bras levés, la litanie avait enflé, on
aurait dît qu’un millier de bouches inhumaines hurlaient en même temps,
Desperas pensa au chœur des enfers…
C’est alors qu’il entendît les rafales. En bas, tout en bas dans les
cavernes. Le hurlement s’était tu sous le feu des armes automatiques, Desperas
reconnu le tir d’une M4 et de la M249 de
Montoya, il se mit à courir pour rejoindre ses compagnons d’armes. Toute la
montagne était secouée, comme prise de spasmes incontrôlables, comme si elle
devait vomir une chose qu’elle ne pouvait pas garder plus longtemps en elle.
Il y eu deux explosions, Desperas croisa Messner qui remontait les
marches grossières quatre à quatre Messner était livide et courait comme si les
hordes de l’enfer étaient à ses trousses « Desperas magne toi on se casse !! »
lui lança t’il sans même s’arrêter « Mais ?
Mais le commandant ?? » Lui demanda Desperas – Trop tard,
Messner venait déjà de disparaître dans une galerie menant vers la surface.
Desperas entendait toujours la M249 et un mélange d’hurlements inhumains et de plaintes
ressemblants à celles d’animaux blessés. Il tremblait de tout son corps, il dégoupilla
deux grenades et courut vers le lieu de la fusillade toute proche.
Ce qu’il vit le terrifia au plus profond de son être, lui retourna les
tripes comme on retourne un gant. Il hurla sa terreur primitive en voyant la
multitude de créatures troglodytes : de goules, qui encerclaient Montoya seul
pour protéger le commandant Rollings couché au sol - « Putain
Montoya est tout seul, elles ont déjà eu Spunkmeyer – nous ne sommes plus que
deux » pensa Desperas, il lança ses deux grenades vers la masse de
créatures qui affluait depuis une autre caverne, il aperçût alors ce qui
faisait trembler la montagne.
Sa lampe tactique n’éclairait que peu la caverne voisine, mais assez
pour voir le gigantesque corps vermiforme qui sortait d’un gouffre noir et se
balançait vers la surface en faisant s’écrouler tout le plateau rocheux sur les
créatures, en les écrasant même de son énorme corps vermiforme. Les deux grenades touchèrent au but et
réduisirent en charpie les goules. Les
explosions associées au cataclysme de la montagne firent s’effondrer les galeries,
empêchant ainsi la multitude de goules de se jeter sur les militaires.
Desperas arma son MP5 et vida ses derniers chargeurs sur les goules
qui encerclaient encore Montoya. La M249
avait tiré ses dernières cartouches et Montoya sortît son poignard tout en
traînant le corps blessé de Rollings vers une des galeries menant vers la
surface « Vas-y !! Je te couvre »lui hurla Desperas.
Montoya lacéra la gueule d’une
créature et planta son poignard dans la gorge d’une autre, il prît alors le
corps de Rollings sur ses épaules, il savait que Desperas le couvrirait et qu’il
descendrait toutes les créatures qui tenteraient de l’attaquer.
Les douilles pleuvaient sur le sol de la caverne, Desperas remplaça
son chargeur juste à temps pour stopper une créature qui se jetait sur lui. Toute
la montagne tremblait et les blocs de pierre tombaient dans la caverne, par
chance Desperas n’avait pas été touché.
Il cherchait à emprunter la galerie dans laquelle Montoya s’était engagé
quelques secondes avant, on pouvait sentir de l’air frais qui en venait.
Les créatures n’étaient plus qu’un petit nombre, abattues par les tirs
ou écrasées, coincées par les roches qui s’effondraient.
Desperas tenta sa chance, vidant son dernier chargeur il se lança dans
une course éperdue dans la galerie et vers la sortie, il pensa à sa femme là
bas à Albuquerque, il vît ses deux filles faire de la balançoire dans le jardin
à l’herbe rase, il entendît dans son oreillette la voix de Rollings « Magnes-toi
Rosario !! Tu n’y restes pas !! ».
Dehors sous la pluie battante, Montoya avait porté le corps blessé de
Rollings à plus de cinquante mètres dans la jungle. Rollings en état de choc, grièvement
blessé, tentait de rester conscient. Il avait perdu sa main et Montoya était en
train de lui faire un bandage d’urgence.
On entendait la montagne gronder et les vagissements monstrueux d’une
créature gigantesque, mais aussi des rafales d’armes automatiques…
Là haut sur le plateau qui s’effondrait, Tillman et Demilio vendaient
chèrement leurs vies à l’énorme créature.
Montoya vît l’Osprey MV22 qui s’éloignait du plateau rocheux avec un
homme accroché au filin, il reconnut Messner.
L’instant suivant d’après, les deux chasseurs F16 larguèrent chacun une GBU-28 sur le
plateau rocheux ouvert en deux et sur l’énorme créature qui en sortait.
L’énergie cinétique des bombes était capable de pénétrer jusque 30
mètres sous terre avant d’exploser, et surtout, les charges classifiées de
280kgs d’explosifs et d’uranium appauvri de chaque bombe réduisait à néant les
objectifs.
Ce fût le cas. Une immense explosion secoua la montagne dispersant
tout autour des débris de roches et des monceaux de chair sanguinolente déchiquetée par l’explosion. La créature
avait été réduite à néant de même que la multitude de choses qui grouillaient
quelques instants avant dans la montagne.
Montoya s’était couché sur Rollings pour le protéger, il le secoua doucement
«Mon
commandant faut tenir le coup ! C’est pas fini !! » Rollings
s’enfonçait dans l’inconscience, oubliant tout. Montoya savait que le
Hawkeye était toujours au dessus du site, il devait s’assurer que l’objectif
avait été détruit, il pourrait encore capter son appel radio « Ocelot !
Ocelot !! Ici Red2 ! Nous sommes toujours vivants ! J’ai Un
blessé grave, pas de contamination ! demande d’une EVASAN d’urgence, Red
leader est grièvement blessé !! » Grésillements et statiques
dans l’oreillette, les secondes terribles et interminables s’écoulent puis la
réponse comme une délivrance « Bien reçu Red 2 – Evac en cours – sur votre
position dans 2 minutes ».
Dans la cabine de l’Osprey MV 22, le pilote effectua un demi-tour pour
aller chercher les deux survivants, l’infirmier de bord préparait déjà le
matériel médical d’urgence pour le blessé. Sur le visage d’un Messner encore
tremblant se dessina un sourire quand il entendît le pilote lui annoncer que
Red 2 et Red leader étaient toujours de ce monde.





