lundi 12 mars 2012

Souvenirs amers d'une vie à jamais perdue

« C’est vraiment une belle journée, mon père » lui dit Matt Janssen tout en lui tendant un gobelet de café, le pasteur Brown s’aidant de sa canne esquisse un sourire « Oui Matt ! Une formidable journée, le seigneur nous gratifie en plus d’une belle journée ensoleillée ». 
Sur la pelouse entourant l’église de la Bible Payson, les fidèles discutent entre eux autour des barbecues sur lesquelles viandes et saucisses fument en dégageant une savoureuse odeur de cuisson. Madame Peabody et ses amies du Lotto organisent les jeux pour les enfants, et les rires enfantins égaient le jardin de l’église, les enfants s’amusent de courir pieds nus dans l’herbe bien fraiche de cette journée de Printemps. 
Le regard du pasteur Brown s’embue presque de larmes, tant la journée est un succès,de nombreux fidèles et des voisins de l'association de quartier sont venus, le vide grenier de la matinée à été un véritable succès et l’argent récolté permettra à la paroisse d’organiser le voyage pour les enfants jusqu’au parc de Salt Lake.


« Mon père. Mon père » la voix résonne semblant venir de très loin, une voix qui n’est pas celle de Matt, une voix que le pasteur refuse d’entendre. Mais peu importe, les ténèbres ont envahis le champ de vision du pasteur…son cœur s’emballe, si violemment que la douleur enserre sa poitrine. Il remonte des ténèbres, sa conscience rassemble à toute vitesse ses repères.
Les formes étranges et presque squelettiques des machines, l’énorme chargeuse Caterpillar contre laquelle il venait de s’assoupir, l’obscurité permanente et presque tangible de la galerie de mine, le secteur Echo… dans les faisceaux des lampes portatives il reconnaît alors les silhouettes de Kevin et d’Arty, puis celle de Rudy penchée au dessus de lui « désolé mon père, mais vous vous êtes endormis , Il faut y aller la patrouille est pas terminée et nous devons vérifier le signe du puits N°2 ». 


Le pasteur se lève aidé par Rudy, s’aidant de la canne il avance dans la galerie : les signes, ce symbole qu’il trace chaque matin, et retrace chaque soir avant la tombée de la nuit. Il l’a appelé le Sceau de Dieu : il avait vu le signe sur les immenses colonnes de l’île noire lorsque des images interdites filmées par des militaires avaient été médiatisées, le même que celui d’un médaillon qu’il tenait d’un arrière grand père. 
Ce médaillon le protégeait lui mais pas le reste de la communauté, alors il avait commencé à tracer le même signe partout sur les passages ou les créatures pouvaient se glisser, c’était devenu un rituel qui selon lui devait protéger le refuge.


C’est là qu’ils entendirent l’horrible bruit de succion et de reptation dans le puits N°1, il y avait aussi ces étranges sons inhumains comme des gémissements et des plaintes animales mais dans des modulations jamais entendues dans le règne animal. Le groupe se Figea et dans le faisceau des lampes torches, c’est là qu’ils virent le monstrueux appendice noir palper l’intérieur de la galerie, puis une masse d’obscurité se hisser dans la galerie, comme une sorte de gigantesque sangsue noire.
Même Kevin le dur à cuire,l'ex tôlard condamné à mort dans une autre vie recula en frissonnant « Ne Restons pas ici vite ! ».
Le groupe recula vers le boyau de secours et l’échelle métallique, tandis que de l'énorme masse noire palpitante qui envahissait maintenant tout l'espace de la galerie montait une sorte de stridulation empreinte d'une musicalité hypnotique. 
Le pasteur se tourna vers elle en brandissant son médaillon. Le corps tremblant, à la fois terrifié face à l’innommable créature qui rampait vers lui et plein d’un fol espoir dans le pouvoir du symbole gravé dans le bijou. Le reste du groupe venait de se glisser dans le boyau de secours et descendait à toute vitesse l’échelle vers la galerie inférieure. La galerie qui abritait la communauté, leur seul lieu de survie.
L’indicible horreur se dressait maintenant devant le pasteur: la masse gluante ressemblait à une nappe vivante d’hydrocarbures,elle semblait palpiter et onduler, comme si elle dansait, elle se constella d’une multitude d’horribles protubérances, d’appendices et de pseudopodes garnis soit de mâchoires aux dents fines comme des aiguilles, de griffes comme des serres soit d’une multitude d’yeux globuleux blancs sans pupilles. Le millier d’yeux blancs se braqua sur le pasteur qui recula d'un pas en tendant le médaillon devant lui, comme si la simple vue du symbole sculpté pouvait stopper la chose.


Matt Janssen


La créature des mines

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