lundi 19 mars 2012

La Route


La route du Nord était réduite à néant.
Pour aller jusque Dugway, il fallait contourner le lac Utah et rejoindre l’UT73 W/W après American Fork pour prendre l’UT-199 W : le meilleur moyen de rallier rapidement Dugway. Mais pour ça il fallait se rapprocher encore de Salt Lake city et de sa zone irradiée à moins de 60 kilomètres ! Les radiations étaient peut être retombées depuis belle lurette, mais Arty frissonnait de devoir se rapprocher d’un point chaud, il ramena son écharpe sur son visage masquant son nez et sa bouche, après tout aucun scientifiques ni aucunes analyses n’avait été faites sur un tel cataclysme nucléaire. Il y avait peut être encore des particules fines, ça n’aurait pas été le seul mensonge du gouvernement, il venait d’arrêter le véhicule et obstruait la ventilation du Mack Rawhide, réveillant Kevin et Rudy «  Putain mec ! Merde qu’est ce que tu fous encore !! » Eructa Rudy surpris par un Arty lui passant au dessus pour calfeutrer les fenêtres  «  Je vous sauve encore la vie les mecs, j’suis sûr qu’il y à encore des radiations, dans les montagnes ont été protégés mais là ? ». Rudy grogna «  comme tu as sauvé la vie de Jenny et de son fils ordure ! », Kevin leva la main pour calmer ce qu’il sentait déjà comme un risque d’explosion entre les deux hommes « Vos gueules ont réglera tout ça une fois à l’abri ! », le ton de sa voix suffît à les faire taire tous les deux «  Arty ! T’as vu le bordel devant » continua Kevin.
A travers le pare brise enneigée du Truck, il n’y avait plus de route.
Kevin avait dormi quoi une heure à tout casser, depuis leur fuite de Provo, une heure qui avait suffît à radicalement changer le paysage, ici tout n’était que destruction, la route n’était plus qu’un amas de véhicules et de débris divers recouverts d’une épaisse couche de neige, par endroits même des congères de plusieurs mètres de hauts s’étaient formées sur les ruines des bâtiments proches.
Congères mortellement dangereuses, car elles étaient creuses par endroits, fragiles et traîtresses, Arty lui-même en avait fait les frais lors d’un arrêt forcé à Provo, heureusement Kevin été là et l’avait rattrapé avant qu’il ne fasse une chute de plusieurs mètres dans une carcasse de béton et d’acier cachée par la neige.
« Ouais !! C’est comme ça depuis presque une demi heure, j’arrive plus à avancer à force de faire des détours, j’sais même plus si je suis sur la bonne route » répondit Kevin en reniflant dans son écharpe qui lui masquait la moitié du visage. Kevin fît le tour des passagers, à l’arrière de la cabine du Mack Jaime était toujours menottée et endormie couchée à côté du pasteur Brown endormi lui aussi.  Rudy remuait sur le siège lui aussi, lui non plus ne dormirait plus après ce réveil forcé, il préférait suivre la route pour assurer Arty dans sa conduite.
Le gros truck de 485 chevaux bouscule des épaves couvertes de neige et avance sur la SR 145, Dieu bénisse les doubles voies des Etats Unis, elles sont assez larges pour laisser passer 6 trucks de front, se dit Arty en manœuvrant pour éviter un amas de carcasses et de débris.
Arty épuisé, se frottait les paupières gonflées de fatigue, se ressaisissant d’un coup en réalisant que Rudy le vrillait du regard, Kevin murmura vers l’arrière de l’habitacle «  tout va bien on continue » à l’attention de Jaime qui venait de se réveiller, Arty frémît en croisant le regard noir de Jaime, elle n’attendait qu’une occasion pour venger le sacrifice cruel de Jennie et de son fils Matthew, abandonnés dans les sous sols après avoir été poignardée dans la cuisse par Arty pour ralentir les goules.

Arty n’as pas cessé de revivre cet instant, mais que pouvait-il faire d’autres, Jennie était épuisée et son fils malade ne faisait que les ralentir alors que les goules, elles, elles gagnaient du terrain, malgré la bravoure de Rudy, qui seul, les avaient retenu le plus longtemps possible dans les conduits d’aération, ne se gardant qu’une cartouche pour lui.
C’est la voix grondante de Rudy justement qui le tire de ses sinistres souvenirs, Rudy qui avait tout fait pour sauver la vie de cette femme et de son fils « eh Connard ! Tu vas t’arrêter !! ». Arty réalise alors et freine, le lourd Truck Mack Rawhide glisse encore sur quelques dizaines de mètres avant d’être stoppé par l’énorme congère de neige et les débris qui bloquent la route. Kevin qui avait fermé les yeux de nouveau se réveille.
« Merde !! » Souffle Arty en réalisant l’ampleur du problème. Devant eux, ce qui semble être la toiture d’un bâtiment voisin de la route est venu s’écraser sur la route – anéantissant toutes chances de pouvoir traverser cet amas de métal, de poutrelles et de débris divers et donc de continuer.
Le silence a envahit l’habitacle du truck, tous restent interdits devant la seule solution qui s’offre à eux si ils veulent continuer à avancer, personne n’ose prononcer les mots, de peur qu’ils deviennent une fatalité, les secondes s’écoulent dans le silence. « Faut réveiller les autres ! On ne peut pas aller plus loin ! On va devoir marcher ! » Lâche alors Kevin «  On se planque jusqu’au lever du jour et on cherche un autre véhicule ou bien on marche ! ». A l’arrière Jaime s’est redressée et tente d’aider le pasteur à faire de même « Et que comptez vous faire du pasteur ? Lui aussi vous allez le laisser sur place ? Lui aussi vous allez le poignarder ? » dit- elle en dévisageant Arty. Le pasteur Brown se dressant difficilement sur ses avant-bras murmure alors «  Je vais marcher, si il le faut ».
D’un geste brusque Kevin donne un coup de pied dans la porte voilée du truck, celle-ci s’ouvre d’un coup dans un grincement de métal tordu «  Eh bien alors ne perdons plus de temps !! J’ai foutrement pas envie de servir de repas aux saloperies qui rôdent !! ».

2 commentaires:

  1. Arty se réveilla en nage. Sur le cadran électronique de sa vieille montre, les cristaux liquides n'avaient avancé que d'une heure. Trois fois déjà que son sommeil était interrompu. Chaque fois par le même cauchemar : Jennie le retenait en criant « pourquoi ? », il courait dans la boue nauséabonde du tunnel, cherchant à laver ses mains couvertes de sang, mais la boue le ralentissait et Jaimie le frappait derrière la boîte crânienne avec sa barre à mine, c'est à ce moment qu'il se réveillait, en sursaut.
    Pourtant, cette même prudence lui avait jusque là sauvé la vie. Les malades, il fallait s'en débarrasser, s'en tenir au plan, rester avec les gens connus. Pourquoi était-ce si différent cette fois ? Il sentait encore dans sa paume la résistance de la chair contre la lame du couteau, le sang chaud qui avait coulé sur sa main et le cri de désespoir de la mère qu'il venait de condamner avec son fils.
    Survivre à tout prix, participer à la grande compétition de la vie : il avait agi selon les principes du capitalisme libéral à l'Américaine qu'il abhorrait. En fait, il était comme tous les autres, ces moutons qu'il méprisait.
    Il écarta lentement la couverture militaire qui le réchauffait et jeta un œil dans la cabine enténébrée du camion. Tout le monde dormait, sauf ce Rudy qui montait la garde devant la portière, la braise de sa cigarette brillant dans la nuit. Il glissa discrètement la main vers le Colt .45 posé sur le tableau de bord devant Kevin. Tout irait très vite : une simple pression et ce serait fini. Jaimie remua, le faisant sursauter, mais elle se retourna. Oui, tout irait très vite. Le métal froid lui mordit la main, l'arme était lourde. Il engagea le plus discrètement possible une balle dans la chambre et maintint fermement la crosse, jusqu'à s'en faire blanchir les phalanges. Ses mains tremblaient, il braqua le canon lentement pour ne pas réveiller Jaimie, au sommeil si léger. Le contact de l'acier chromé avec ses lèvres eut quelque chose de rafraîchissant, il entrouvrit la bouche et serra ses dents contre le pistolet. Mourir par un outil de l'industrie d'armement, il y avait là un joli pied de nez. Mais Arty n'y pensait pas, il respirait avec difficulté, il sentit les larmes couler sur ses joues. Oui, il avait agi en winner, il avait été productif, il avait été la dernière des merdes. Mais face à l'implacabilité mécanique de l'arme à feu, il se sentit trop faible pour presser la détente, cela le mit en rage contre lui-même et il commença à appuyer sur la gâchette avec son pouce. Rudy toussa dehors, ramenant Arty à la réalité, triste, presque banale malgré les circonstances extraordinaires. La réalité était fade, loin des poncifs du cinéma hollywoodien, cette machine de propagande : il était trop peureux pour se loger une balle dans la bouche et trop peureux pour s'encombrer d'amis pouvant le retarder, Arty était un faible, et non le héros de la résistance conspirationniste qu'il s'était longtemps imaginé. Il retira le Colt de sa bouche, essuya le fil de salive et les larmes, puis le posa délicatement sur le tableau de bord.
    L'espace d'un instant, il eut l'impression que Kevin ne dormait pas et l'avait regardé faire sans intervenir. Arty ne pouvait décidément faire confiance à personne. C'est à ce prix qu'il avait survécu jusque là...

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  2. Jolie descente aux enfers d'Arty ! Tu repasses quand tu veux pour alimenter le blog de tes textes sur la survie d'Arty.

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