mercredi 8 août 2012

Voyage dans le brouillard


C’est Kevin qui a sorti le corps de Rudy par la trappe arrière de la cave, pendant qu’on le couvrait et qu’on s’assurait qu’il y ait pas une de ces foutues saletés ailées qui l’avait repéré. 
On était tous sous tension, vu la rapidité avec laquelle la créature avait attaqué, on s’attendait à la voir surgir de nulle part comme un diable qui jaillit de sa boîte. Et puis, comme pour nous emmerder un peu plus, Il y avait en plus  cet épais brouillard froid qui s’était levé avec l’aube et on y voyait pas à trente mètres, même peut être moins.
Le Brouillard n’affectait  pas que la vision. Il régnait un silence pesant, on se serait crût la  tête dans un oreiller, on entendait à peine les craquements sinistres des arbres morts qui s’effondraient sous le poids de la neige, ou des maisons branlantes qui finissaient par s’écrouler comme des châteaux de cartes, tous les sons paraissaient déformés alors forcément le moindre bruit nous faisait bondir, et la moindre forme inhabituelle perçue dans le brouillard nous tétanisait alors qu’il s’agissait d’arbres morts ou de la carcasse métallique d’une véranda voisine.

Kevin essayait de faire vite, mais tout en traînant le corps de Rudy il s’assurait que quelque chose ne l’attendait pas dans le brouillard. C’est lui qui avait décidé de mettre le corps de Rudy bien en évidence à l’écart de la maison, pour que les créatures  s’intéressent au cadavre pendant que nous prendrions la fuite avec la Chevrolet Nomad.
Il revînt en courant dans la neige. Moi, je ne pouvais pas m’empêcher de regarder l’endroit où le corps de la jeune Jaimie avait été horriblement aspiré par la créature ailée, la neige était écrasée et avait prît une teinte rougeâtre. Quelques fluides, c’était tout ce qu’il restait de cette pauvre fille. C’est la main de Kevin qui vient taper ma nuque qui me rappela à la réalité «  Hé mec !! Les morts sont morts, toi t’est vivant, allez magnes-toi on met les voiles, j’ai pas envie d’être encore là quand les bestioles reviendront ! ».
Reprenant mes esprits, j’acquiesçais de la tête et  vérifiais une dernière fois avant de verrouiller la trappe de la cave.
James et Richard terminaient de charger le véhicule avec Arty, on prenait tout ce qu’on pouvait : couvertures, bidons d’huile, d’essence, outils, lampes de poche, même des skis et des équipements de ski. Richard trouva même une crosse de hockey er un casque qu’il coinça dans le coffre «  ça peut servir ! On ne sait jamais ! » Arty et James vidèrent toutes les étagères à la recherche de quelques autres boîtes de conserve.
                                     

Le pasteur regarda la voiture d’un air dépité en secouant la tête «  cette voiture est aussi vieille que moi, vous êtes vraiment certain de votre plan ? » disait-il d’un air absent à tout le groupe en s’appuyant lourdement sur sa canne comme si il était trop fatigué. Kevin qui chargeait ses armes dans l’habitacle se retourna vers le prêtre «  Hé Padre ! De ce qu’on en sait elle démarre, et même si elle date, elle nous emmènera jusque Dugway, alors Padre faites pas l’oiseau de mauvaise augure et dites plutôt une prière ! » .
Une prière. Comme si quelqu’un pensait encore que les prières pouvaient nous sortir de la merde, mais pourtant, j’ai moi-même demandé au pasteur d’en dire une. Pas, parce que je pensais qu’un grand sauveur barbu allait venir déchirer les cieux et renvoyer les créatures en Enfer, non ! Mais une prière parce que cela me faisait du bien de me poser, de penser à ce qu’on allait faire tous ensemble. Une manière de me concentrer et de dire aux autres que je comptais sur eux et qu’il pouvait compter sur moi. Et, je pense que le pasteur Brown d’abord réticent, comprît aussi le sens de ce qu’on attendait dans le mot prière, il accepta.
C’était bien la plus étrange des prières que j’ai jamais entendu, on demandait de l’aide à personne et le pasteur galvanisait plutôt notre courage et notre instinct de survie, terminant sa prière par «  et surtout n’oubliez pas mes frères, que je suis un homme âgé qui a besoin qu’on le supporte et qu’on le protège Amen ».
C’est idiot, mais nous avons tous souris. Peut être avions nous besoin d’exorciser les dernières heures, peut être qu’on avait juste besoin d’entendre qu’on était tous du même groupe maintenant et qu’ensemble on allait survivre.
On a tous remercié le pasteur et on s’est préparé pour le départ, c’est moi qui ouvrirait le volet du garage tandis que les autres seraient tous dans la voiture et je serais le dernier à bondir dans la voiture. Kevin conduirait, moi je serais à la place passager et derrière Arty et James, enfin avec le matériel et tout ce qu’on avait pût embarquer il y avait Richard, il avait prît le fusil de Rudy et couvrirait l’arrière.

Kevin démarra la Chevrolet Nomad, le moteur hoqueta et toussa puis prît un rythme plus régulier ronronnant de manière sourde dans le garage. Mon cœur battait à tout rompre quand j’ai saisi la corde du système de levage manuel de la porte de garage, j’ai tiré d’un coup sec et la porte s’est ouverte d’abord lentement puis entraînée par son propre poids elle est remontée à toute vitesse. Rudy avait déjà appuyé sur l’accélérateur et la Chevrolet effectuait déjà une marche arrière sur l’allée repoussant la neige en une congère épaisse.
La voiture dérapa sur la neige écrasée et Kevin joua du volant pour braquer  jusque sur la route couverte de neige, je regardais le garage une dernière fois en me disant que j’abandonnais peut être un bon abri. La portière ouverte de la Chevrolet m’attendait, je me mis à courir jusqu’au véhicule et me jetais dedans tandis que Kevin accélérait «  En avant !! Faites gaffe autour de vous ! » Lança t’il alors qu’il manœuvrait pour éviter les plus grosses couches de neige et les congères qui avaient envahis la route. 
  

Nous étions tous sur les nerfs, scrutant le brouillard, cherchant à le percer de nos yeux, souhaitant que rien ne s’y cache et espérant en même temps qu’il nous cacherait des mêmes créatures. Kevin avait les yeux braqués sur la route, essayant toujours de passer par les endroits les moins encombrés de neige. On sentait bien que la voiture peinait à avancer, et plusieurs fois les roues s’étaient mises à patiner et glisser sur la neige. Il avait même fallût s’arrêter deux terribles fois en moins d’une heure, dans ce brouillard, pour dégager la neige à la pelle devant la voiture. On se serait crût perdu au milieu de nulle part avec juste des ombres de carcasses de voitures à la limite de notre champ de vision.
Kevin roulait au ralenti pour éviter les carcasses de voitures sur la route et les congères, et puis il pensait que cela attirerait moins les créatures, presque trois heures s’étaient écoulées quand on aperçut les premiers quartiers d’habitations. Les faubourgs de Dugway, la ville, ou du moins ce qu’il en restait était devant nous, la base aérienne était à la sortie de la ville.
L’idée qu’on serait bientôt à l’abri nous réconforta et nous tira quelques sourires, Arty plaisantait même sur les qualités méconnues de la Chevrolet Nomad.
C’est là qu’elles sont apparues.
Sur le bord de la route au milieu des habitations en ruines, des ombres sortaient du brouillard, comme attirées par le bruit du véhicule.
C’étaient des êtres humains …